Accueil Elles nous aident, elles nous parlent Clara Falala-Séchet, psychologue clinicienne et psychothérapeute

Clara Falala-Séchet, psychologue clinicienne et psychothérapeute

owlie

Interview le 23/06/20 de Clara Falala-Séchet, psychologue clinicienne et psychothérapeute

J’ai croisé Clara au détour d’une application de méditation (insight timer) sur laquelle elle avait généreusement déposé une méditation de la fertilité (voir l’article La méditation, le Dalaï Lama en PMA, dans la catégorie « Psy »). Au moment de lui demander l’autorisation de partager le lien, j’ai effectué quelques recherches et je suis tombée sur la page présentant « Owlie ». « Owlie » est un chatbot de soutien psychologique co-créé avec Igor Thiriez (psychiatre) et Lee Antoine (pair aidant en santé mentale).

Lors de l’interview, Clara explique qu’ils ont mis en place cette petite chouette (Owlie est une petite chouette) pour que tous et toutes aient un accès à une aide psychologique. Owlie a été conçue pour apporter un soutien aux personnes entre les séances de thérapie ou avant/après une thérapie en apportant des exercices de thérapie (plus d’une centaine d’exercices) au plus grand nombre. Cet outil, que j’ai depuis conseillé à de nombreuses amies, est gratuit et cette générosité m’a plu. J’ai donc éprouvé l’envie d’interviewer Clara. Il est important, lorsque l’on traverse des étapes délicates dans nos vies, voire difficiles comme en PMA, de s’entourer d’êtres positifs.

Dans sa pratique, elle accueille des personnes avec différents problèmes et reçoit notamment des femmes pendant leur grossesse ou de jeunes parents dans le cadre d’un accompagnement à la parentalité. Si elle n’a pas croisé de femmes en PMA, elle semble avoir saisi les tourments à l’œuvre dans nos boîtes crâniennes. Je cite son commentaire à ce sujet : « Lorsque vous êtes soumises aux protocoles, vous vous retrouvez dans la maîtrise, dans le contrôle, dans l’attente et dans l’anxiété, ce qui peut soulever de multiples questions notamment lors des échecs : suis-je une bonne personne ? Serais-je une bonne mère ? C’est comme si vous aviez des évaluations à passer. Les examens et leurs résultats sont perçus comme le reflet de la personne que vous êtes ».

Cette phrase montre sa compréhension fine des enjeux que nous traversons.

Lorsqu’elle parle de PMA, elle évoque « une aventure intense », « un moment de remaniement, un chamboulement ».

À la question : « Est-il utile, lorsque des blocages apparaissent au détour d’un protocole de PMA, d’aller consulter ? » elle rappelle que l’essentiel est déjà d’être prêt à réfléchir à l’idée de recourir à l’aide d’un psychologue. « De quoi a-t-on besoin ? De quoi a-t-on envie ? ».

La démarche doit venir d’un souhait personnel, rappelle-t-elle, avant de préciser : « On ne sait jamais ce à quoi on va réfléchir, ce que l’on va traverser […] Dans l’attente d’un enfant, on peut éprouver l’envie de réfléchir sur soi, sur la notion de transmission, sur nous en tant que personne, sur nous en tant que parent et sur ce que nous avons vécu en tant qu’enfant ». Attendre et porter un enfant nous fait aussi penser à nous enfant. Et le projet d’enfant nous confronte aussi à la question de ce qu’on a rêvé/imaginé (l’enfant imaginaire et le parcours de parentalité « idéal ») et la réalité (l’enfant réel et ce que l’on découvre de ce chemin en tant que parent). Nous, en PMA, nous sommes continuellement dans l’attente d’un enfant, alors ces questions nous hantent ! Et pour celles qui ont monté, ou qui montent actuellement un dossier d’adoption, ce sont des interrogations sur lesquelles on nous demande de nous attarder.

Afin de connaître les différents outils à notre disposition, je l’ai questionnée sur sa formation à l’entretien motivationnel et à la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT pour « acceptance and commitment therapy »). Voici ce qu’elle m’explique au sujet de l’entretien motivationnel : « c’est une approche canadienne, humaniste, non directive et horizontale (le praticien étant au même niveau que le patient) qui s’adresse plus particulièrement aux personnes souffrant d’une maladie somatique, d’addiction ou de surpoids. […] C’est un travail centré sur le changement et la motivation. Il y a différentes phases dans le changement : la contemplation (avoir envie de changer, mais ne pas y être prêt), le passage à l’action, mais ne pas savoir comment faire et le maintien du changement (avec la question des éventuelles rechutes).

Alors, si vous avez envie de profiter de votre aventure en PMA pour enfin réussir à arrêter de fumer, si vous devez faire baisser votre IMC avant de commencer un protocole ou si vous avez envie de poser des habitudes plus saines d’alimentation (ou de vous débarrasser de certaines mauvaises habitudes), vous pouvez envisager l’entretien motivationnel en parallèle de votre parcours. Quel que soit votre résultat en PMA, vous aurez déjà appris ça.

En revenant sur l’idée du changement, elle explique que « le changement est plus facile lorsque l’on a du plaisir », prenant l’exemple d’une rivière que l’on doit traverser malgré le froid de l’eau, elle insiste sur le fait que « la traversée est plus facile si tu as envie de découvrir l’autre rive. » C’est pourquoi, pour nous en PMA, si nous devons mettre en place des changements dans notre quotidien, afin d’obtenir un bébé, il convient de ne pas oublier notre rêve. De garder l’idée d’un bébé en tête, mais aussi de garder l’image d’une femme forte, puissante, courageuse d’entreprendre un tel parcours. Cette femme que nous sommes déjà. Cette femme que nous sommes un peu plus chaque jour.

Avec Clara, nous avons également évoqué la thérapie d’acceptation et d’engagement ou TAE, qui fait partie des Thérapies Comportementales et Cognitives. « C’est une thérapie centrée sur le présent afin de faire diminuer l’intensité de ce qui gêne pour avoir une vie plus en accord avec ses valeurs ». Ce type de thérapie peut être utile lorsque l’on souffre de troubles anxieux, lorsque l’on est déprimé, car dans ce contexte, nous sommes, dit-elle : « en fusion avec nos pensées ». Clara complète en expliquant qu’il faut savoir « se décoller et accepter ses émotions. Accepter ses émotions, ce n’est pas la résignation, c’est l’accueil de ses émotions.  »

Cette idée d’accueil des émotions m’a particulièrement parlée. Comme vous le savez – comme vous le vivez peut-être en ce moment même – en PMA, les émotions sont fortes et sous la domination des hormones, les montagnes russes menacent. Nous avons tour à tour envie de baisser les bras et d’y croire. Des rires, des pleurs. Des sourires et des dents serrées. (voir l’article Les émotions : les délicats mouvements de mon âme à l’origine de ma réalité, dans la catégorie « Psy ».)

Clara pratique la méditation depuis dix ans déjà, pour elle « c’est une pratique personnelle avant d’être un outil. » Je lui ai demandé en quoi la pleine conscience peut-elle être un outil pour gérer l’attente (voir l’article, L’attente et l’insoutenable pesanteur de l’être ou plus précisément, l’insoutenable pesanteur de l’être vide, dans la catégorie « Psy ») et pour elle, méditer « c’est la capacité à prendre du recul, à adopter le point de vue d’un observateur de mes pensées et de mes ressentis […] Le fait de ne pas être collée à soi procure un petit espace et dans cet espace on trouve l’apaisement. »

Ses propos rejoignent mon impression personnelle que la méditation c’est arrêter de s’étouffer, c’est se donner de l’air.

« Lorsque je m’observe et que je vois que je suis stressée, la méditation permet l’interrogation : est-ce que cette pensée est utile ? Quelle est l’émotion ressentie. La méditation permet d’accueillir l’émotion. Cette émotion que je traverse, elle est OK, elle est normale » complète Clara.

Selon elle, un autre des bénéfices de la méditation réside dans le fait qu’elle permet « de ne pas s’enfermer dans le verbal. L’expérience est ici essentielle.» Et c’est « savoir qu’il existe des moments de calme. »

Pour finir, je lui ai demandé pourquoi elle commence sa méditation sur la fertilité par « si nous sommes très motivées, nous avons souvent tendance à déployer pleins d’efforts, or dans le cas présent, moins c’est mieux. » Elle m’a expliqué que parfois, lorsque l’on veut avancer vers le changement, ne rien faire, être juste à l’écoute, être dans l’accueil de ses émotions est essentiel. Alors que lorsqu’on est dans la fuite [de ses émotions], on s’épuise. »

Après une stimulation ou un TEC manqué, il nous arrive de tout de suite nous remettre dans l’action, de passer au protocole suivant. D’oublier de prendre un temps – parfois rapide si vous le sentez comme ça – pour reconnaître la tristesse, voir si elle a un impact sur notre corps (le cœur qui s’accélère, le diaphragme qui se contracte, les épaules qui remontent, les mâchoires qui se crispent). Pour nous, comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas que la mort qui mérite un deuil. L’absence d’une vie aussi. Le vide de nos entrailles aussi. (voir l’ article, Pour nous les fillesfiv, même quelques cellules requièrent un deuil ! dans la catégorie « Psy »)

Je finirai par cette citation de Clara qui me semble primordiale : « l’important est de pouvoir s’adapter, de prendre un temps pour soi ».

Je ne cesse de le répéter sur ce blog et sur les forums, prendre du temps pour se connaître est indispensable pour vivre sereinement ce parcours en PMA.

Si vous avez envie de lire un roman au sujet de la PMA, un roman « d’utilité publique » comme le dit une de mes lectrices, je vous invite à me contacter, à rejoindre la page à ce sujet (dans la catégorie « Livres ») ou à vous rendre directement sur cette page pour le trouver.

Voici le lien vers la page facebook d’Owlie

Si vous avez des questions, vous pouvez me retrouver sur facebook ou sur instagram (@roseheleaauteure)

Ou par le biais de ce 

 

Votre nom : (oblig.)
Votre email : (oblig.)
Site Web :
Sujet :
Message : (oblig.)
Vous mettre en copie (CC)
 

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par fivpmadesfees
Charger d'autres écrits dans Elles nous aident, elles nous parlent

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Journal intime. Mon chemin de PMA. Partie I

« Notre coquine de cigogne a dû boire un mojito de trop et déposer notre bébé dans un cham…