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L’attente et l’insoutenable pesanteur de l’être …

La patience c'est l'art d'espérer (1)

L’attente et l’insoutenable pesanteur de l’être ou plus précisément, l’insoutenable pesanteur de l’être vide.

(Petit jeu de mot à partir de l’ouvrage de Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être.)

 

« Leur toute première tentative s’était soldée dès le premier test échographique par un appel en urgence de l’hôpital :

¾    Madame, vous devez vous rendre immédiatement dans la pharmacie la plus proche de chez vous, nous allons y envoyer un fax afin qu’ils vous délivrent un médicament permettant d’arrêter toute stimulation. Vous ne devez surtout pas faire votre injection ce soir. Vous avez bien compris ?

¾    Euh, oui, mais qu’est-ce qui se passe ?

¾    Vous souffrez d’une hyperstimulation. Votre corps répond de manière excessive au traitement. C’est pour cela que ce matin, lors de l’échographie de contrôle, nous avons observé plus d’une trentaine de follicules. Cela peut être dangereux.

Cette bombe avait été dégoupillée et lancée en une fraction de secondes, l’empêchant de poser davantage de questions, lui laissant juste le temps de notifier son interlocuteur de son entendement avant de raccrocher et de s’effondrer sur le sol. Elle avait ensuite appelé Karine. Ce jour-là, elle s’était enfin écroulée après s’être longtemps battue contre les larmes.

¾    Putain, j’ai pondu trop d’œufs et trop vite ! Quelle conne je fais !

¾    Arrête, calme-toi. Tu n’es pas conne. C’est la première fois, les bons dosages doivent juste être trouvés. C’est normal. Lors de la prochaine tentative, ils s’adapteront.

¾    Sauf qu’il faudra encore attendre. On a attendu plusieurs mois pour obtenir un premier rendez-vous, attendu tel jour de mon cycle pour connaître ma possible réponse ovarienne aux hormones, attendu leurs résultats, attendu l’analyse de ces données par les médecins, attendu d’autres rendez-vous, attendu des tests complémentaires, attendu la décision concernant notre prise en charge par la sécurité sociale, attendu d’autres rendez-vous, attendu qu’une place se libère sur le planning, attendu la première phase de mise au repos de mes ovaires, attendu les cinq jours sans traitement. Attendre et ne pas pleurer.

¾    Oui et donc regarde le chemin accompli !

¾    Sauf que pouvoir enfin commencer la première injection et faire les six jours de traitement avant cette échographie fatidique a représenté une victoire : on y était ! On était dans l’action ! On tentait notre chance ! Et c’est un échec presque avant d’avoir commencé. »

Un temps qui ne passe pas

Pourquoi avoir choisi un tel extrait ? Parce que le temps qui passe avant de commencer les traitements demeure un temps qui ne passe pas.

Vous n’êtes pas dans l’action, vous êtes dans l’attente, suspendue au-dessus de tous ceux qui continuent à vivre. Les mois s’écoulent, vos copines tombent enceintes, les bébés grandissent et vous : rien ! Vous attendez, vous vieillissez et vous déclinez. Sans qu’il ne se passe rien.

Parfois, en attendant le traitement suivant, vous léchez vos plaies de l’essai précédent.

Mais la cicatrisation de l’absence d’une vie est plus lente que le temps commun. Le monde court, les évènements s’enchainent, les drames aussi et après les premiers jours post-échec, votre douleur n’est plus au cœur des attentions de votre entourage (même parfois de votre aimé)

Alors personne ne s’inquiète pour vous puisqu’il ne se passe rien. Pas de grande joie. Pas de grande peine.

Par conséquent pas de compassion, pas d’empathie, pas de sympathie.

Vous ne vivez rien et vous-même vous pensez que vous n’avez rien à dire.

Même sur les forums, vous n’avez rien à dire.

Sauf que ce n’est pas parce qu’il ne se passe rien, que vos émotions se taisent. Au contraire. Vous enragez de ce vide. Vous dépérissez d’être ainsi dépendante du planning surchargé de votre centre de PMA.

Vous en venez même à être jalouse de celles qui réalisent des stimulations tous les mois (voir La jalousie, dans catégorie « Psy »).

Alors c’est maintenant qu’il faut prendre les choses en main.

Acceptez que la douleur de l’attente soit terrible. Dites-le. N’ayez pas honte.

L’absence de malheur ne signifie pas le bonheur.

L’absence de vie peut signifier le malheur.

Prendre l’attente en main ou les vertus de la patience

Mettez en place une action qui vous fait du bien, apprenez à peindre, à prendre des photos, à faire des bouquets ou du tricot, à cuisiner des gâteaux ou des apéros (j’étais dans les rimes en « o »), apprenez la position de l’arbre ou du chien tête en bas en yoga, apprenez à respirer en méditation, apprenez un enchaînement en Tai Chi Chuan, apprenez à verrouiller votre périnée (voir article Nous aussi, on sait où est notre périnée, dans la catégorie « Phy ») et votre ceinture lombaire en pilates. Apprenez pour grandir.

Une vertu cardinale lorsque l’on traverse un parcours de PMA est… la patience.

Vauvenargues disait (au 18è siècle) : « la patience est l’art d’espérer ».

Si vous pouviez au moins apprendre la patience, ne plus klaxonner dans les bouchons, ne plus taper (discrètement) du pied dans la file d’attente du supermarché, ne plus s’agacer devant la lenteur de certains à manger, mettre leur manteau, faire leur boulot.

La patience est essentielle dans notre quotidien et un pilier de notre bien-être. La capacité à attendre sereinement nous rend moins enclins à la dépression et aux émotions négatives (étude de Schnitker et Emmons, 2007).

Avec une pincée de patience vous pourrez aborder les obstacles de la PMA (et de la vie) plus calmement,  mais aussi plus efficacement.

À l’ère de la consommation immédiate et donc de la satisfaction immédiate, attendre semble désuet. Pourtant, les mouvements comme « slow life » se développent et nous avons des choses à y apprendre (en plus, perso, je fais confiance à un mouvement né en Italie, le pays où l’on ne mange pas, mais où on savoure). L’idée est de savoir ralentir pour vivre intensément et non pas rapidement.

Alors, miracle ! Pendant l’attente pré-traitement, vous allez devenir la meilleure version de vous-même, une personne patiente !

Lorsque vous n’avez pas le contrôle des évènements, il convient de l’accepter (voir l’article La prière de la sérénité dans la catégorie « Psy) et de se concentrer sur ce que vous pouvez contrôler. Souvent, nous sommes tellement concentrées sur notre envie d’enfant que nous devenons intolérants à tous les cailloux (ou gros rochers) sur notre route. Or, nous ne pouvons pas contrôler le résultat, on ne sait pas si on a pris le bon chemin vers le bébé, mais nous pouvons contrôler notre attitude sur le chemin.

Apprendre un rituel bienfaisant 

Prenez le temps de développer un rituel bienfaisant. Faites de ce rituel une habitude, une habitude à conserver. Un cadeau que vous vous accordez pour vous. Ici et maintenant. Même sans enfant, même sans traitement. Ici et maintenant.  Vous avez le droit.

Attention, on entend souvent qu’il faut 21 jours pour développer une habitude, pour que les circuits neuronaux soient suffisamment balisés pour générer un automatisme, pour intégrer un rituel, d’autres parlent de 30 jours. Le truc c’est qu’au bout de ces 21 jours ou 30, il ne faut pas se dire : c’est bon, l’habitude est prise, j’ai le droit à un écart. C’est faux. En fait, tout dépend de qui vous êtes et de l’habitude que vous voulez mettre en place (soyons honnêtes, mettre en place l’habitude de faire 20 minutes de pompes, de squats et autres joyeusetés avant le petit déjeuner est plus difficile à mettre en place que celle de boire un verre d’eau au réveil…).

Bref, je m’éloigne…donc :

Si vous voulez partager vos rituels bienfaisants avec nous.

Si vous voulez partager la douleur de l’attente avec nous.

Voilà tout pour aujourd’hui! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à m’envoyer un message. Vous pouvez par ailleurs, dans un commentaire, nous parler de vos expériences de visualisation en PMA.

Si vous avez des questions, des commentaires, n’hésitez pas à me contacter.

 

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